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17/05/2011

Quand les mots vinrent en français dans la tête de La Bête…

Après Pei-Chun SHIH (l'auteure) et Géraldine ALIBEU (l'illustratrice), Chun-Liang YEH répond à trois questions sur La Bête. 

YEHChun-Liang.jpgRENCONTRE avec Chun-Liang YEH, traducteur du texte et éditeur du livre. 

« Avec le texte de Pei-Chun SHIH, le plaisir de l’écriture en français, à la fois fidèle et nouvelle par rapport à la composition taiwanaise d’origine a été réellement stimulant. »

 

Comment s’est faite votre découverte du texte de Pei-Chun SHIH (auteure de La Bête) et qu’est-ce qui vous a convaincu de le rapporter en France, de le traduire et de l’éditer ?

On peut aussi bien dire que c’est le texte de Pei-Chun SHIH qui nous a trouvés, par le biais de son éditrice taïwanaise Mme Yu-Jin CHEN. En effet, celle-ci a découvert les éditions HongFei Cultures lors du salon du livre de Taipei en janvier 2010, et leur a consacré un article dans son blog dédié à l’actualité de la littérature jeunesse à Taïwan. Lors de notre première rencontre, Mme CHEN m’a offert deux ouvrages dont La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup dans sa version taiwanaise.

Pei-Chun SHIH

Je ne me souviens pas qu’elle m’ait suggéré d’envisager de traduire et éditer le texte de Pei-Chun SHIH en français. Ce qui se comprend aisément car notre catalogue était composé d’albums uniquement.

Ma première lecture des neuf épisodes de l’ouvrage m’a beaucoup plu, parce que je partage avec l’auteure cet amour d’expressions précises et novatrices au service de la création de situations riches en potentiel, en l’occurrence la rencontre de la Bête avec des habitants du monde qui lui posent sans cesse des questions. Mais cela ne m’a pas effleuré l’esprit de le regarder comme un projet possible pour HongFei Cultures.

DSC03313.JPGComme c’est souvent le cas, c’est en discutant avec mon associé Loïc JACOB à mon retour en France et avec l’envie de partager avec le jeune public des histoires qui sortent du commun, que nous avons mieux perçu la place qu’il pourrait prendre dans notre catalogue qui invite les jeunes lecteurs à s’ouvrir au monde. Lorsque l’illustratrice Géraldine Alibeu a répondu positivement à notre consultation, nous savions que la Bête ferait son bonhomme de chemin jusqu’en France (où elle continuerait de s’attirer des tas de questions).

Comme l’indique son titre, le texte du livre La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup est étonnant à bien des égards. Comme traducteur, comment avez-vous appréhendé et rendu à ce  texte proposé pour la première fois en français, son caractère peu commun ?

Comme traducteur, je dirai volontiers qu’un texte est difficile à traduire lorsqu’il a été mal rédigé dans sa langue d’origine. Ce qui n’est pas le cas du texte de La Bête. Au contraire.

Le texte de Pei-Chun SHIH est parfaitement accessible et attirant pour les enfants, et il s’adresse tout aussi bien aux adultes attachés à la beauté et à la précision de l’expression écrite. C’est là l’un des signes par lesquels nous reconnaissons un bon texte. De surcroît, l’auteure a volontairement créé quelques passages où plusieurs interprétations sont possibles par tout un chacun. Comme ses expressions sont remarquablement maîtrisées en chinois, je n’ai pas eu tellement de difficulté à les restituer en langue française.

J’ai la chance de pratiquer l’écriture aussi bien comme auteur que comme traducteur. Cette expérience m’a permis de percevoir le lien intime entre le travail d’un traducteur et celui d’un auteur. Pendant que l’auteur, en exprimant une vérité poétique, « traduit » sa vision du monde en un texte original, le traducteur doit disposer d’une même force de proposition, mise au service de la vision de l’auteur qu’il traduit. Avec le texte de Pei-Chun SHIH, le plaisir de cette écriture en français, à la fois fidèle et nouvelle par rapport à la composition d’origine a été réellement stimulant.

 

Les éditions HongFei Cultures dont vous êtes l’un des créateurs et éditeurs ont réservé un format singulier à ce titre publié hors collection et illustré par Géraldine ALIBEU. Pouvez-vous nous éclairer sur ce choix ?

Le texte de La Bête est évocateur de situations improbables mais concrètes ; son organisation en épisodes lui procure les qualités de cohérence et de souplesse. C’est à partir de ce constat que nous avons imaginé un format de « texte illustré » pour lui, à la différence du format « album » de nos publications précédentes.

 

Pei-Chun SHIH, Géraldine AlibeuIl s’ensuit que le rôle des images, leur nombre et leur place dans cet ouvrage ont fait l’objet d’une réflexion partagée entre éditeur, illustratrice et graphiste. Nous sommes arrivés assez rapidement à une vision commune, avec une image en double-page consacrée à chacun des quatre épisodes, plus des cabochons non moins essentiels pour l’accompagnement du texte.

 

A notre sens et avec du recul, il y a deux raisons au bon fonctionnement de ce cadre de création. Premièrement, le texte de Pei-Chun SHIH, précis dans l’expression des émotions, est peu contraignant pour la représentation physique des protagonistes. L’illustratrice a pu ainsi rapidement repérer et exploiter l’espace de création qui lui était offert. Deuxièmement, comme illustratrice expérimentée et créative, Géraldine ALIBEU a parfaitement joué le jeu en offrant au lecteur ce qui dépasse le pouvoir des mots, c’est-à-dire un univers visuel qui interpelle. Elle a aussi veillé à ne pas donner plus que nécessaire, invitant ainsi le lecteur à accomplir une lecture active – une intention déjà présente chez l’auteure. 

Pei-Chun SHIH, Géraldine ALIBEU 

(FIN)

 

Aline PAILLER, Chun-Liang YEHà noter : Aline PAILLER reçoit en interview sur FRANCE CULTURE Chun-Liang YEH, traducteur et éditeur de La Bête, dans son émission Jusqu'à la lune et retour, samedi 14 mai (21h30-22h).

16/05/2011

France Culture a repéré "La Bête"...

Interview de Chun-Liang YEH (traducteur et éditeur de La Bête) sur France Culture.

Samedi 14 mai 2011, Aline PAILLER recevait Chun-Liang YEH dans son émission Jusqu'à la lune et retour.

Au menu de la rencontre, La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup, éd. HongFei Cultures, mars 2011.

texte de Pei-Chun SHIH, illustrations de Géraldine ALIBEU, traduction de Chun-Liang YEH

13/05/2011

Salon des contes et des conteurs de Noisiel

SalonConteNoisiel2011.jpgSalon des contes et des conteurs organisé par l'association On conte pour vous et parrainé par Henri Gougaud

 
En partenariat avec la MJC – Maison pour tous de Noisiel
samedi 14 mai à 20h30
dimanche 15 mai 13h30 - 18h00

9782355580161_Grandir_cover.jpgLes éd. HongFei Cultures participeront au Salon des contes et des conteurs le dimanche 15 mai de 13h 30 à 18 h.

Mélusine Thiry et Chun-Liang Yeh dédicaceront leurs livres. 

 
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INFORMATIONS PRATIQUES

MJC - Maison Pour Tous de Noisiel
34, cours des Roches
77186 - NOISIEL (RER A - Station Noisiel)
(www.mjcmpt-noisiel.org)

On conte pour vous
(http://ocpv77.free.fr

10/05/2011

"La Bête" sur FRANCE CULTURE… le voyage continue !

9782355580307.jpgLe voyage de La Bête continue… la tête dans les étoiles !

Samedi 14 mai, Aline Pailler reçoit Chun-Liang YEH sur FRANCE CULTURE, dans son émission Jusqu’à la lune et retour (21h30-22h).  Au programme, La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup, un livre publié par les éd. HongFei Cultures en mars 2011.

FC-LuneetRetour.jpg

Jusqu’à la lune et retour, samedi 14 mai 2011, 21h30, sur FRANCE CULTURE. Émission à écouter en direct ou à podcaster. 

* * *

La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup, Pei-Chun SHIH, Géraldine ALIBEU, éd. HongFei Cultures, 2011.

06/05/2011

Un air de liberté : questions posées à l'auteur de l'Autre Bout du monde

 

kaohsiung.jpg

Quel est selon vous le thème central de ce livre ? 

C.L. Yeh : La liberté, et l’amour qui rend libre.

L'autre bout du monde, c’est l’histoire d’un petit garçon qui rend visite à sa grand-mère aux petits pieds (bandés) vivant sur une île de pêcheurs à Taïwan, il y a quelques décennies.

La grand-mère n’entre en scène qu’à la cinquième planche, mais c’est elle qui m’a inspiré le récit. Comme reflet de son époque, elle a reçu une éducation rudimentaire à la maison lorsqu’elle était jeune fille, pendant que les garçons allaient à l’école. Mais c’est aussi un personnage sensible et capable d’être touché par le « malheur » des autres. Ainsi, par le réconfort et l’amour qu’elle donnait à sa sœur cadette, elle l’a aidée à s’émanciper. Maintenant que son petit fils Langlang va entrer à l’école pour apprendre à lire et à écrire, elle lui offre un cadeau symbolique (avec la complicité de sa sœur cadette devenue voyageuse) : une paire de baskets. 

Diriez-vous que c’est un récit autobiographique ?

Cette histoire m’a permis de partager avec les lecteurs certains sentiments qui me sont chers, ceux qu’on éprouve lorsqu’on partage, donne et aime. Et aussi une aspiration à faire l’expérience du monde et à la liberté. Pour la créer, je me suis inspiré de quelques souvenirs de mon enfance passée au bord de la mer. Est-ce qu’on peut conclure pour autant que c’est un récit autobiographique ?

Ce qui m’importe, c’est de rendre la vie intérieure des personnages – leur aspiration, leur motivation, leurs envies, craintes et espoirs, à travers des situations concrètes et savoureuses. Ici, grand-mère a une vie, sa sœur cadette a la sienne, tout comme le garçon Langlang. A travers quelques instants choisis de la vie des personnages, le livre pourra aider les lecteurs à porter un nouveau regard sur leur propre existence. C’est cette création de sens qui m’intéresse, et non la publication de ma vie romancée.

C’est vrai que ma grand-mère avait les pieds bandés, mais je n’ai jamais reçu d’elle des baskets. Lorsque j’ai raconté l’histoire de L’Autre Bout du monde à ma mère, elle a beaucoup ri, et dit : « Ah, maintenant tu gagnes ta vie en dessinant le zizi du tigre ! » (idiome taïwanais pour dire « fabuler »).

 

image : le port de Kaohsiung, Taïwan.

 

05/05/2011

On aime "L'autre bout du monde"

0413-1-couv.jpgEn librairie depuis quelques semaines, « L’autre bout du monde » s’attire déjà bien des sympathies :

L’avis de Dominique Perrin, sur Li&Je, site de comptes-rendus critiques de littérature de jeunesse : « un joyau des éditions HongFei Cultures »

L’avis d’une libraire (Le Rat Conteur, Concarneau) dès le jour de la sortie du livre : « tout simplement magnifique ! »

L’avis du quotidien L’Est éclair, « Beaucoup de charme pour cette histoire »

L’avis de Choisir un livre : L’autre bout du monde classé  +++ó

L’avis de Morgan, une lectrice-chroniqueuse qui a les albums au cœur et le cœur sur la main : « une magnifique leçon de vie et de générosité entre les générations […] Un très bel album qui donne des ailes aux enfants. » publié sur le site De papier (de soie), d’encre (de Chine) 

Sans oublier la rencontre avec les lecteurs en librairies ou, comme ci-dessous, en salons : l'illustratrice Sophie ROZE en dédicace à Autun (avril 2011) et l'auteur Chun-Liang YEH en dédicace à Chauffry (mai 2011).

Sophie ROZE  Chun-Liang YEH

02/05/2011

En voyage, La Bête rencontre une illustratrice française...

Après Pei-Chun SHIH (l’auteure), c’est au tour de Géraldine ALIBEU (l’illustratrice) de répondre à quelques questions concernant son travail pour le livre La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup.

Géraldine AlibeuRENCONTRE avec Géraldine ALIBEU. 

« Il y a une retenue dans les mots de Pei-Chun Shih qui me plaît beaucoup, qui montre la confiance qu'elle fait à l'illustrateur et aux lecteurs »

 

Pouvez-vous nous raconter votre première lecture des épisodes de « La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup », les impressions et les images qu'elle a fait naître en vous ?

A la première lecture de « la Bête », j'ai d'abord beaucoup ri, et j'ai été tout de suite sous le charme du personnage et de l'écriture. J'ai aimé la nonchalance avec laquelle la Bête aborde tout évènement, toute rencontre. J'avais tout de suite envie de m'identifier à elle, d'adopter son recul par rapport à ce qu'on attend d'elle, son indépendance d'esprit. Elle n'est ni naïve ni antipathique, mais cherche à agir de manière sincère, tour à tour réfléchie et enthousiaste devant l'inconnu. C'est une personnalité complexe, plus riche que ce qu'on nous propose en général dans les textes dits « pour enfants ».

Ce qui m'a séduite immédiatement aussi, c'est l'étrangeté et l'absurde qui planent au travers des aventures. Cela tient, je crois, au fait que la Bête sort de nulle part, n'a pas de but en général; il lui arrive donc plutôt des « non-aventures », qui nous apprennent à la connaître petit à petit.

Il y a une retenue dans les mots de Pei-Chun Shih qui me plaît beaucoup, qui montre la confiance qu'elle fait à l'illustrateur et aux lecteurs, qui tour à tour vont pouvoir s'approprier l'histoire d'autant mieux qu'il reste des choses à imaginer.

Comment votre expérience d’illustratrice et votre démarche artistique singulière vous ont-elles conduite à créer le personnage de la Bête et son environnement ?

Le fait qu'elle soit si peu décrite dans le texte est à la fois intriguant et très malin de la part de l'auteur : j'y ai vu comme une carte blanche à mon imagination. Mais moi aussi, je devais laisser du champ libre aux lecteurs, et ne pas trop « décrire » dans mes illustrations, ne pas ajouter d'éléments superflus qui auraient pu décevoir les lecteurs par rapport au texte. C'est du moins ma vision du travail d'illustration.

géraldine alibeu, la bêteIl fallait pourtant bien trouver comment dessiner la Bête, non seulement son apparence mais ses postures, ses expressions, cela a été le gros du travail. Pour moi, il a été évident que la Bête avait quelque chose de profondément humain qui la sépare du monde animal, et devait se voir au premier coup d'œil. Elle a donc reçu un visage et des mains très rapidement. Puis, la forme de son corps est née petit à petit en dessinant, en constatant dans mes croquis ce que pouvait exprimer telle longueur de pattes ou de torse, telle forme de queue, tel genre d'oreilles ou de sourcils. Les poils discrets qui la recouvrent entièrement, c'est ce qui symbolise pour moi la douceur, l'affection.

La manière dont les enfants (avec qui vous avez déjà travaillé sur l’ouvrage) se sont appropriés l’univers de la Bête vous a-t-elle étonnée ?

Effectivement j'ai travaillé avec un groupe d'enfants en particulier, à qui j'ai demandé d'imaginer la Bête, à partir du texte, sans montrer mes propres recherches. Le fait est que leurs Bêtes m'ont parues plus menaçantes que la mienne ! Avec souvent un côté extra-terrestre... Mais souvent aussi, ils sont partis d'une forme humaine, suivant un peu la même idée que moi donc. La Bête n'est peut-être rien d'autre qu'un humain déguisé ?... (les croquis sont ici).

Ils ont finalement voté pour le meilleur dessin de la Bête et ont choisi une Bête souriante, très velue, au regard malicieux. Et en maillot de bain... Il me semble qu'ils ont compris que malgré ce titre effrayant, « La Bête » est drôle et fantaisiste.

D'autres enfants, qui ont découvert le livre fini, ont comparé la Bête à un écureuil-chat-limace, ils ont raison je crois. Les enfants ont en général une facilité déconcertante à accepter et adopter tout ce qu'on leur propose, à « y croire » sans difficultés. Ils donnent une explication à toute bizarrerie.

Géraldine Alibeu, La BêteUne remarque est revenue plusieurs fois, à propos de la « fille-grenouille » cette fois : on m'a demandé qui était cette dent... J'avoue que je ne m'y attendais pas, j'avais simplement cherché à dessiner une créature indéfinissable, mais ça ajoute encore un côté surréaliste à l'aventure la plus étrange du recueil.

 

géraldine alibeu,pei-chun shih,la bête 

Pour lire l'interview de Pei-Chun SHIH, l'auteure de La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup, rendez-vous ici.

géraldine alibeu,pei-chun shih,la bêteà noter : Aline PAILLER reçoit en interview sur FRANCE CULTURE Chun-Liang YEH, traducteur et éditeur de La Bête, dans son émission Jusqu'à la lune et retour, samedi 14 mai (21h30-22h).

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La Bête, Pei-Chun SHIH, Géraldine ALIBEULa Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup de Pei-Chun SHIH et Géraldine ALIBEU, éd. HongFei Cultures, 2011.

Entrez dans l'univers de Géraldine Alibeu en visitant son SITE INTERNET

28/04/2011

Au printemps, les Petits Poissons veulent voler...

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Wang YiPetit Poisson veut voler - texte et illustrations de WANG Yi - éd. HongFei Cultures.

NOUVEAUTÉ

Sortie en librairie le 29 avril 2011.

14/04/2011

La mer me dit...


0413-1-couv.jpgà découvrir en librairie depuis le 7 avril 2011

Chun-Liang Yeh / Sophie Roze, L'Autre Bout du Monde, coll. Belle Île Formosa, éd. HongFei Cultures, 2011.

13/04/2011

L’Océan lointain

yuanyang.jpgL’album L’Autre Bout du monde a vu le jour au printemps 2011. Nous en sommes heureux.

 

A l’origine du projet se trouve Loïc : nous discutions de tas de sujets pendant notre long trajet entre Paris et Mouans-Sartoux à l’automne 2009. Ma grand-mère s’est invitée à notre conversation. Après deux mois de gestation, l’histoire fut écrite en un temps assez court.

 

Loïc a aussi apporté sa pierre précieuse à l’une des touches finales de l’album. Nous travaillions avec l’illustratrice Sophie Roze sur l’image de la couverture. Comment suggérer avec subtilité que l’histoire ne se déroule pas sur la côte de Bretagne mais dans un pays lointain ? Loïc nous rappela alors que tous les bateaux ont un nom… et le bateau de Langlang aura un nom chinois sur la coque.

 

Dans l’une des pages intérieures, le bateau qui transporte Langlang chez sa grand-mère s’appelle 旗津号 Qi Jin Hao, Qi Jin étant le nom de l’île de pêcheurs où il se rend. Sur la couverture, fier dans ses toute nouvelles baskets reçues en cadeau, Langlang prend un bateau qui porte trois mots 遠洋号 Yuan Yang Hao en guise de son nom « L’Océan lointain ».

 

Et n’est-ce pas avec les mots qu’on voyage vraiment loin, plus loin que le bout du monde, dans le cœur des gens ?

 

(post rédigé par Chun-Liang) 

 

Image extraite de l’album L’Autre Bout du monde, illustré par Sophie Roze.

06/04/2011

"L'Autre bout du monde" - nouveauté en librairie

nouveauté en librairie

Autre bout du monde, chun-liang yeh, sophie rozeL'autre bout du monde, c'est celui où j'étais à tes côtés hier, c'est celui d'où je t'écris aujourd'hui...

Jeudi 7 avril 2011, sortie en LIBRAIRIE de L'Autre bout du monde, une histoire sensible de partage entre les générations et d'aspiration au voyage, racontée par Chun-Liang YEH et illustrée par Sophie ROZE.

Une histoire tendre, des images douces, la force des rêves qu'on emmène en voyage, l'envie de partager.   

29/03/2011

La Bête part en voyage...

La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup, élu meilleure lecture jeunesse de l’année 2007 par l’association de la littérature jeunesse de Taïwan, a désormais sa version française.

geraldine alibeu,pei-chun shih,la bête,question,rencontreRENCONTRE avec l’auteure Pei-Chun SHIH. 

« La France est l’un des pays que j’ai le plus envie de visiter. Je n’ai pas imaginé que la Bête m’y aurait devancée ! »

 

Le texte de La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup a été recommandé l’année dernière par l’éditrice Yu-Jin CHEN à la maison d’édition française HongFei Cultures. Cette dernière a invité l’artiste Géraldine ALIBEU à créer des illustrations originales pour la version française, d’une conception totalement différente de celle de Taïwan. L’ouvrage est disponible en librairie en France depuis le 24 mars 2011. J’ai été très émue à l’idée que mon œuvre puisse être traduite dans une langue étrangère et rencontrer des gens d’un autre pays, et j’attendais avec impatience le moment de découvrir la Bête française. J’étais très curieuse : à quoi ressemblerait-elle, née d’un texte traduit ? 

geraldine alibeu,pei-chun shih,la bête,question,rencontreConcernant la physionomie de la Bête, je n’ai pas tellement d’idée. Si quelqu’un vient me demander : « A quoi ressemble-t-elle ? A-t-elle une queue ? A-t-elle une grande gueule ou une petite bouche ? A quel animal ferait-elle penser ? », c’est certain qu’on me poserait là une colle. J’ai choisi d’écrire une histoire autour de la Bête justement parce que le mot « Bête » [shou en chinois] m’ouvre un espace d’imagination illimité. Elle peut être un quadrupède poilu, tel une fauve, comme elle peut avoir une apparence peu avenante tel un monstre ou un fantôme. Elle peut être mignonne comme elle peut être rustre. Il n’y a pas un visage unique à la Bête comme il n’y a pas de réponse unique aux questions soulevées au fil des épisodes dans ce livre.

Au début de cette année, j'ai reçu la version française de l'ouvrage intitulé La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup et j'ai enfin découvert la Bête française. Dans la version taïwanaise, l'illustratrice Meng-Yun WU a créé une bête toute mignonne, avec la queue d'un renard, le visage d'un ours et les pieds d'un cochon. Son expression est candide, sa robe est précieuse. Sa silhouette me rappelle la Bête du château dans l'histoire de « La Belle et la Bête » qui en réalité est un prince ensorcelé. Quant à la Bête française, il est difficile de dire à quoi elle ressemble. Elle est moitié homme moitié animal. Elle a des sourcils épais et des cheveux. Sur la couverture, elle pose son grand visage sur ses deux bras, les deux yeux sont grands ouverts : elle a l'air de réfléchir à quelque chose. J'ai l'impression d'être une terrienne qui rencontre un extra-terrestre et mon premier sentiment est : « Elle est vraiment curieuse, étrange ! » Or, il n'y a pas qu'elle qui est étrange. Même les petits poissons bleus du premier épisode n'ont pas la forme habituelle des poissons. Dans le troisième épisode, la créature observée par la Bëte est-elle une enfant, un poisson ou une grenouille ? Difficile de répondre si l'on se fie uniquement au dessin sans le texte.

int-Bete_chapitrepoisson.jpg

Les choses étranges et inhabituelles suscitent notre curiosité. C’est la raison pour laquelle je me suis laissé séduire doucement par les illustrations de la version française. Je ne sais pas si l’image de la couverture - la Bête pensant le monde avec sérieux – incitera les lecteurs en France à lire le livre, mais pour moi qui connais bien les épisodes, les illustrations m’ont donné envie d’y revenir plusieurs fois, et mon regard s’est attaché à cette Bête grise-beige et a commencé à courir allégrement dans le livre – même si je ne sais pas lire le français.

Les neuf épisodes de la Bête ont été écrits de 2003 à 2004. Leur inspiration me vient de réflexions sur la vie réelle. Par exemple, lorsque tous les poissons, aussi uniques soient-ils, tentent de prouver leur singularité devant la Bête, sont-ils toujours uniques ? Entre une peur visible et une peur imaginaire, laquelle est la plus effrayante ? Entre un vœu qui a une chance d’être exaucé et un vœu qui n’en a aucune, lequel mérite plus qu’on le poursuive ? Lorsqu’une belle fleur apparaît, que fait-on pour s’en emparer ou l’apprivoiser ? La Bête est une projection de moi-même. Parfois, elle réfléchit avec moi. Parfois elle parle pour moi dans des situations devant lesquelles je me sentirais impuissante. Prenons l’exemple de l’épisode « La Bête veut partir en voyage ». Dans la vie réelle, il m’arrive de changer d’avis à force de répondre aux questions des gens. Saisie d’une envie simple, je commence à faire une chose pour le plaisir. Puis, à mesure qu’un objectif, une direction et un but se mettent en place, cette envie du début s’évanouit. Je serais allée dans le Sud, aurais escaladé la montagne et vu la mer, pour me rendre compte que je n’avais pas ma place dans ce paysage. La Bête, elle, peut trouver pour moi un paradis sur terre – l’arbre y serait assez grand, les herbes assez tendres, la brise assez douce et surtout, plus aucune question.  

int-Bete_chapitrevoyage.jpg

Ceci étant dit, toutes ces réflexions ne concernent que moi. Je ne pense pas qu’il faille lire une histoire selon la pensée de l’auteur. Au lieu de se demander ce à quoi l’auteur pouvait bien penser, il vaut peut-être mieux se demander quelle impression on a pour soi après sa propre lecture. J’aime beaucoup lorsqu’un lecteur décèle dans ce texte des thématiques auxquelles je n’ai pas songé. Comme cela est précisé dans ma préface dans la version taïwanaise de La Bête : « Il est possible qu’un petit escargot se cache dans mon histoire. Ou bien encore, des choses toutes petites et toutes légères dont j’ignore moi-même l’existence. » Cette éventualité m’émeut.  


Ainsi, comme auteur, j’espère que dans le cœur des lecteurs naîtra une Bête personnelle. En apportant notre réponse aux questions rencontrées dans l’histoire, nous pouvons nous affranchir des réponses existantes et en proposer d'autres. Si les réponses sont aussi différentes que sont nombreux les petits poissons qui donnent le tournis à la Bête, ce sera très amusant !

(propos de l’auteure recueillis par Yu-Jin CHEN, éditrice.)

 

Nos meilleurs remerciements à Yu-Jin CHEN qui nous a fait connaître la Bête l’été dernier, et qui a réalisé le présent entretien avec l’auteur, publié le 3 mars 2011 sur son blog dédié à la littérature jeunesse à Taïwan

En photo, Pei-Chun SHIH et Chun-Liang YEH, traducteur et éditeur de la version française du texte.

 

La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup

Auteure : Pei-Chun SHIH

Illustratrice : Géraldine ALIBEU   

  

24/03/2011

La Bête... EN LIBRAIRIE !


à découvrir dès aujourd'hui chez votre librairie, La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup.

La Bête, Pei-Chun SHIH, Géraldine ALIBEUTexte de Pei-Chun SHIH - Illustration de Géraldine ALIBEU.

Une drôle d'histoire de rencontres avec le monde et de liens créés avec ses habitants. Ne manquez pas ce récit farfelu en quatre épisodes. 

à noter : le texte de Pei-Chun SHIH a reçu la distinction "meilleure lecture jeunesse de l'année" à Taiwan en 2007.

Bonne lecture à tous.

 

Du nouveau sur ce blog

Chers visiteurs,

Jusqu’à aujourd’hui, les éditions HongFei Cultures entretenaient deux blogs : le Pavillon du lac de l’ouest, blog d’actualité et celui-ci, plus personnel.

Aujourd’hui, nous choisissons de concentrer nos intentions sur cet unique blog. Les articles seront plus nombreux, notamment parce que dévolus à l’actualité de la maison. Mais l’esprit du lieu ne change pas. Vous trouverez ici le supplément d’âme que ce blog a toujours su apporter à l’évocation des activités des éditions HongFei Cultures.

Nous vous souhaitons une belle visite.

15/03/2011

Un ami à Tokyo

japon,enfance,séisme,ami,don,solidarité,sophie roze,taïwanOn l’appelait le « Japonais », mais il n’en est pas un.

 

J’avais treize ans lorsqu’il arriva dans ma classe. Tous mes camarades l’appelaient le « Japonais » car il venait de rentrer vivre à Taïwan avec son père diplomate. Il parlait le mandarin, avec un petit accent japonais. Timide au début, il joua bientôt avec nous.

 

A l’époque, je savais déjà que je voyagerais, sinon vivrais, dans un pays étranger. Un nouveau camarade qui venait d’un tel pays ne pouvait que susciter ma plus grande curiosité. Nous ne jouions pas souvent ensemble, mais un lien assez mystérieux se nouait entre nous. Avec lui, je sais qu’il n’est pas besoin d’expliquer pourquoi je vis ici et pourquoi je fais ce que je fais.

 

Sans nous être donné de nouvelles pendant vingt ans, nous avons repris contact via internet en janvier dernier. Je comptais - et compte toujours - lui rendre visite cet été à Tokyo où il vit actuellement avec sa famille. J’y retrouverai alors un peu de mon enfance innocente, loin des bruits de polémique en France.

 

Des initiatives populaires de don et de solidarité ont commencé à Taïwan, historiquement lié au Japon. Dans un monde flottant, cet abandon d’égoïsme (même provisoire) nous permet de rester dignes parmi les humains.

  

 

Lire l'article Ces Japonais à l'héroïsme poignant de François Lachaud, directeur d'études à l'Ecole française d'Extrême-Orient, spécialiste d'études japonaises, publié dans Le Monde du 17.03.2011 

Image extraite de l’album L’Autre Bout du monde, illustré par Sophie Roze.

27/02/2011

Créations originales et la tradition

BT_02_cabochon1.jpgDans les salons, nombre de lecteurs me posent la question : « Est-ce que vous transcrivez en français des histoires chinoises qui ont déjà existé, ou bien est-ce que vous les avez inventées ? »

 

Cette question intéressante nous permet d’expliquer plusieurs aspects essentiels de mon activité d’auteur en lien avec une proposition éditoriale « interculturelle ».

 

Elle est très présente lorsqu’un lecteur français rencontre un auteur chinois. A contrario, elle n’est pas posée lorsqu’il rencontre un auteur français. En effet, nous n’avons pas besoin de la poser à un auteur français car nous connaissons (ou, disons, rien ne nous empêche de connaître) toutes les œuvres qui ont pu être produites en langue française. Nous en connaissons le contenu comme le style. A partir de là, nous pouvons apprécier par nous-mêmes, sans interroger l’auteur, la part de la tradition littéraire qui nourrit sa création singulière et la part de sa propre invention.  

 

Face à un auteur chinois, un lecteur non spécialiste de la littérature chinoise n’est pas préparé pour réaliser cette appréciation. Il n’a pas eu accès à l’immense héritage culturel et littéraire chinois, et n’est pas en mesure d’identifier la singularité de l’auteur par rapport à la tradition qui l’a inspiré.

Malgré cela, le lecteur qui connaît la nature de toute activité d’écriture peut faire la supposition suivante sans risque de se tromper : il y a et la création et la tradition dans les textes publiés par HongFei Cultures. D’un côté, il est impossible pour quiconque veut toucher un public par ses écrits de ne faire que répéter ce qu’il a entendu ailleurs. Même une simple traduction implique beaucoup d’inventivité de la part du traducteur. De l’autre côté, il est tout aussi peu crédible de prétendre avoir tout inventé. Il faut avoir entendu et prononcé des mots d’amour dans la vie pour en imaginer pour ses histoires. 

 

* image extraite de La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup par Pei-Chun Shih, avec des illustrations originales de Géraldine Alibeu. Le texte a été distingué par le prix « Meilleure lecture de l’année 2007 » de l’association de littérature jeunesse de Taïwan. 

    

30/01/2011

Un auteur chinois s’exprime-t-il comme un auteur français ?

9782355580307_BT.jpgDans un souci constant de simplicité sans être simpliste, nous suggérons qu’on aborde la question des « caractéristiques » des textes littéraires chinois par deux problématiques : la récurrence dans le vocabulaire utilisé, et le rythme de la narration.

 

La récurrence : des auteurs chinois, dont quelques uns des plus grands poètes de l’histoire littéraire du pays comme LI Bo 李白et LI Shangyin 李商隱, sont extrêmement habiles à l’emploi répété de mots dans certaines de leurs compositions. Un lecteur français, peu familier avec cet art de la récurrence et habitué à manier des synonymes, peut s’étonner de la « pauvreté » du vocabulaire de ces poèmes considérés comme la fine fleur de la littérature chinoise. Or, pour un lecteur chinois, c’est une source importante du plaisir et une évidence du talent de l’artiste. En effet, l’apparition d’un même mot à deux endroits différents de la composition, parfois avec une petite variation, n’est pas une simple répétition mais une « récurrence », car le contexte a évolué entre la première apparition et la deuxième. La transformation n’est pas marquée par le changement du mot qui désigne la chose, mais par un changement du contexte dans laquelle elle est située.

 

Le rythme : lorsqu’un auteur chinois mène sa narration sur un rythme inhabituel pour une oreille française, il peut s’agir d’une expression propre à l’auteur comme individu, comme il peut s’agir d’une expression beaucoup plus partagée par les auteurs de langue chinoise. Sur ce dernier point, nous avons eu récemment un échange très intéressant avec notre relectrice Sophie Harinck sur un texte à paraître au printemps*. En fait, en relisant notre traduction française, Sophie nous a fait remarquer qu’à tel endroit il devrait y avoir un changement de paragraphes, et qu’à tel autre endroit le changement de paragraphes serait à supprimer. Pourtant, nous n’avions fait aucun remaniement entre le texte d’origine en chinois et sa traduction française. Cet exemple nous paraît très éloquent sur la manière dont un rythme différent interpellerait le lecteur : là où le lecteur français s’attend à un arrêt, l’auteur chinois avance ; et là où le lecteur français s’attend à une continuité, l’auteur chinois marque une ponctuation.

 

Il est entendu que ces deux problématiques, aucunement exhaustives, sont citées à titre de démonstration et par rapport à l’habitude de lecteurs francophones. En publiant des textes d’auteurs chinois, nous sommes constamment confrontés à ces problématiques ; il s’agit toujours de veiller au respect de la création de l’auteur comme de la réception de lecteurs, dans notre proposition consciencieuse d’éditeur.

 

 

 

* La Bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup par Pei-Chun Shih, avec des illustrations originales de Géraldine Alibeu (cf. l'image, à paraître le 24 mars 2011). Le texte a été distingué par le prix « Meilleure lecture de l’année 2007 » de l’Association de littérature jeunesse de Taïwan.

     

23/11/2010

Les littérature et langue chinoises

4.jpgSoyons clairs : il est impossible de présenter une tradition littéraire plurimillénaire dans un article qui se lit en cinq minutes. Je renvoie volontiers les lecteurs curieux à un ouvrage de référence Anthologie de la littérature chinoise classique par Jacques Pimpaneau (éd. Philippe Picquier 2004) qui se lit comme un roman passionnant.

 

Le lecteur y trouvera une présentation détaillée de textes et de critiques littéraires, par genre et par période. A la marge de cette présentation, nous invitons le lecteur à prêter attention à un aspect particulier de la création littéraire en Chine, comme on s’intéresse à la structure d’un pinceau, la texture d’un papier ou encore les gestes d’un peintre lorsqu’on étudie et apprécie la peinture chinoise.

 

La littérature chinoise renvoie à l’ensemble des textes littéraires exprimés en langue chinoise, laquelle est radicalement différente de celles connues et pratiquées en Occident. Elle se reconnaît par les caractères (ou groupes de caractères) pris dans un jeu combinatoire riche en potentiel poétique. Sa grammaire est lâche : il est fréquent qu’un même mot s’emploie ici comme un nom, là un verbe, et ailleurs comme un adjectif.

 

Comment les textes naissent-ils dans cette tradition littéraire ? Par la lecture des œuvres majeures forgeant le regard et la sensibilité d’un auteur qui utilise alors cette langue pour porter une expression inédite tout en se faisant comprendre de ses contemporains. En effet, c’est en puisant dans les meilleurs textes, qui restent vivants au-delà des millénaires, qu’un auteur chinois crée son langage pour partager avec ses lecteurs un univers singulier, avec une grande précision et une puissance d’émotion.

 

Même si vous ne pratiquez pas la langue chinoise, il est tout à fait possible de vous faire une idée du lien étroit entre le renouvellement perpétuel d’une langue ancestrale, d’une part, et l’existence pérenne d’une tradition littéraire dans le monde moderne, d’autre part. Aidons-nous pour cela d’un texte extrêmement limpide et éclairant de Charles Baudelaire, dans lequel il décrit la maîtrise par un jeune Anglais (Thomas de Quincey, 1785-1859) de ce processus d’actualisation de la langue grecque :

 

De très bonne heure il se distingua par ses aptitudes littéraires, particulièrement par une connaissance prématurée de la langue grecque. A treize ans, il écrivait en grec ; à quinze, il pouvait non seulement composer des vers grecs en mètres lyriques, mais même converser en grec abondamment et sans embarras, faculté qu’il devait à une habitude journalière d’improviser en grec une traduction des journaux anglais. La nécessité de trouver dans sa mémoire et son imagination une foule de périphrases pour exprimer par une langue morte des idées et des images absolument modernes, avait créé pour lui un dictionnaire toujours prêt, bien autrement complexe et étendu que celui qui résulte de la vulgaire patience des thèmes purement littéraires.

 

Les Paradis artificiels, part II « Un mangeur d’opium ».

 

  

Image extraite de l’album Tigre le Dévoué (éd. HongFei Cultures 2009) illustré par Agata KAWA. Parmi les quatorze planches du livre, celle-ci accompagne le passage surligné du texte chinois de SHEN Qifeng reproduit ci-dessous. 

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16/11/2010

Pourquoi publions-nous des textes d’auteur ?

1.jpgVoici une des questions les plus fréquemment posées aux éditeurs de HongFei Cultures sur les salons : « Ce sont des contes traditionnels que vous publiez ? »

 

En effet, l’expression « conte traditionnel » évoque, dans l’esprit de beaucoup de lecteurs, la double idée de l’authenticité et de la permanence. Si un conte est répété de génération en génération, c’est la preuve qu’il correspond à la conscience ou au génie collectif d’un peuple, et qu’il est donc « fiable » lorsqu’on veut acquérir une « connaissance » de la culture ou civilisation de ce peuple.

 

Certaines des histoires que nous avons publiées possèdent effectivement une structure de narration proche de celle des contes très connus et appréciés en Occident (situation initiale – crise – quête – résolution, etc.) Mais, chaque récit que nous publions (qu’il s’apparente ou pas au conte) est présenté d’abord en tant que « texte d’auteur ».

 

Plusieurs raisons sont à l’origine de ce choix d’éditeur. Contentons-nous d’en évoquer une majeure ici :

 

Un conte emporte le lecteur dans un monde autre, par un effet d’extravagance fort d’une grosse sagesse comme le signale Elisabeth LEMIRRE dans son avant-propos des Contes du mandarin (éd. Picquier Poche 2007). Or, ce que nous souhaitons partager avec nos lecteurs ne se définit pas comme intrinsèquement « extravagant » ni n’est destiné à porter une morale. Au contraire, les sujets et personnages des récits beaux et profonds, que nous présentons aux lecteurs en France et qui peuvent parfois les troubler, font généralement partie des choses « ordinaires » de la vie d’un Chinois.

 

C’est le regard et l’art des auteurs, mis en valeur par les éditions HongFei Cultures, qui transforment ces moments de la vie en une œuvre « extraordinaire » à contempler et dont on jouit, les enfants comme les adultes, en France comme en Chine.

 

Cette démarche nous permet de guider le regard du lecteur vers une création incarnée par le texte. Celui-ci porte en témoignage les pensées et les émotions d’un auteur qui, une fois son acte de création achevé, s’en détache. A la différence d’un conte « agissant sur » l’émotion d’un auditeur par l'intrigue et les effets de la narration, le lecteur est ici invité à « faire un pas vers » le texte et à le reconnaître comme le lieu de résonnance d’une émotion vécue. C’est ce qu’on appelle une « empathie » - être capable d’émotion pour l’émotion d’un autre.

 

L’une de nos plus grandes satisfactions, depuis la création des éditions HongFei Cultures, est de constater dans les écoles, les bibliothèques et sur les salons que les enfants ne s’intéressent pas uniquement aux intrigues des contes. Ils sont tout à fait capables et désireux de faire ce pas vers un texte pourvu qu’il propose de partager une expérience sensible.

 

Publier pour les jeunes lecteurs des textes d’auteur est une manière d’accompagner les enfants dans le développement d’une sensibilité aux mots justes. Peut-être que, marchant sur les pas des auteurs, ils parviendront à leur tour à « verbaliser » une expérience avec justesse et élégance, pour eux-mêmes et pour les autres. Dans tous les cas, il nous semble que c’est aller plus loin dans l’exploration de ce monde.

 

Voici pourquoi HongFei Cultures propose une expérience de récits d’auteur chinois, classiques ou contemporains, un peu plus rarement rencontrée en France jusqu’ici que celle des contes dits « populaires » et/ou « traditionnels » très présents dans la production éditoriale de livres pour la jeunesse.

 

 

Image extraite de l’album « Homme-Requin », illustré par Gaëlle Duhazé. Le texte de SHEN Qifeng fut publié en 1792, alors que l’ouvrage « A la recherche des esprits » par Gan Bao au 4e siècle donna déjà un portrait du héros de l’histoire.

04/11/2010

Textes d'auteurs chinois

03.jpgNous avons eu récemment une occasion d’expliquer, dans deux émissions de radio* sur l’actualité culturelle, l’offre éditoriale que nous formulons depuis trois ans, à travers notamment une présentation des nouveaux titres de la rentrée. 

 

Nous avons aussi eu le grand plaisir de constater un intérêt réel chez nos deux interlocutrices sur l’une des spécificités de notre proposition : les textes d’auteurs chinois.

 

Que les auditeurs qui nous ont écoutés nous excusent des explications partielles données allègrement sur les ondes. En effet, derrière ces mots simples, il y a tout un univers qu’une vie entière ne suffirait pas à explorer de manière exhaustive. Nous nous efforçons, malgré tout, d’évoquer quelques facettes de cette problématique, comme un début de réponse qui se prolongera sûrement sur les prochains posts de ce blog :

   

1. Pourquoi publions-nous les textes d’auteur, et non les contes populaires de la tradition orale ?

 

2. La tradition littéraire chinoise peut-elle se reconnaître, comme une peinture chinoise se différencie d’une peinture occidentale ?

 

3. Quelles seraient les caractéristiques de la littérature chinoise, en particulier celle accessible aux jeunes lecteurs ?

 

4. Comment situer une création contemporaine (comme Pi, Po, Pierrot, Face au Tigre et Les Deux Paysages de l’empereur, Marée d'amour dans la nuit) par rapport à cette tradition littéraire ? Comment peut-on valoriser son originalité et sa singularité d’auteur tout en s'inscrivant dans une tradition littéraire ?

  

Voilà de quoi nous occuper pour quelques temps...

  

 

 

Image extraite de l'album Les Deux Paysages de l'empereur, illus. Wang Yi

 

* les liens vers l'enregistrement de ces émissions seront bientôt disponibles sur ce blog.